Musique, cinéma, littérature, art, en plein air ou en intérieur...
Les festivals bretons sont nombreux et variés. Le public a ainsi accès à une grande diversité d’événements sur l’ensemble du territoire. Ce milieu emploie des professionnel·les sous des statuts divers (emplois permanents, CDD, intermittence…) et dans des métiers très différents (programmation, technique, communication…). De nombreux bénévoles viennent également leur prêter main forte sur différents aspects de l’organisation en fonction de l’événement.
Un des régisseurs généraux pendant une représentation d'Etonnants voyageurs. © Jérôme Sevrette
Les chiffres clés
Avec près de 600 festivals organisés en 2019*, la Bretagne était la 3e région française en termes de nombre de festivals par habitant·e (18 événements pour 100 000 habitant·es).
Selon France Travail, 1 240 recrutements de professionnel·les du spectacle, dont plus de 30% de saisonniers, sont prévus en 2025.
Organisé sur 10 jours, le Festival interceltique de Lorient (Fil) propose de nombreux événements payants et gratuits autour de la culture celte : concerts, grande parade, conférences, master class… En 2023, année record, le festival a attiré près de 950 000 visiteurs, ce qui en fait le premier festival breton en termes de fréquentation. Hôtellerie, restauration... Cet afflux de visiteurs booste l’économie locale. En cumulant les dépenses des festivaliers et celles liées à son organisation, les retombées économiques du Fil en 2023 ont été estimées à 35,6 millions d’euros par l’agence AudéLor.
* dernières données disponibles (Cartographie nationale des festivals élaborée par la fédération France festivals)
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3e
région de France
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600
festivals par an
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1200
recrutements en 2025
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35,6
millions de retombées économiques pour le Festival interceltique de Lorient
Le public est toujours présent aux festivals bretons. © L'oeil de Paco
Vos questions
Avec près de 600 festivals organisés en 2019, on peut dire que la Bretagne est une terre de festivals. La région comptait 18 festivals pour 100 000 habitants, ce qui la classait en troisième position derrière la Corse (20 festivals pour 100 000 habitants) et Provence-Alpes-Côte-d’Azur (19 festivals pour 100 000 habitants).
Cinéma, littérature, théâtre, la Bretagne propose des événements dans différents domaines culturels mais les festivals musicaux sont les plus importants : 53% des festivals bretons étaient des festivals musicaux, en 2019, selon France festivals.
Si de nombreux festivals sont organisés en Bretagne, la mobilité géographique pour les professionnel·les dans ce secteur est très importante, notamment en début de carrière. « Si on veut faire ce métier, c’est obligatoire de s’imposer la mobilité géographique. […] Si vous voulez avoir du crédit dans ce secteur auprès d’employeurs, il faut que vous ayez accumulé un certain nombre d’expériences symboliques assez fortes. Si vous voulez vous donner le maximum de chance d’avoir ces expériences, ça va de pair avec la mobilité géographique », affirme ainsi Emmanuel Braconnier, directeur d’Etonnants voyageurs, festival littéraire à Saint-Malo.
Les festivals emploient de nombreux professionnel·les dans des métiers variés. De multiples compétences sont en effet nécessaires pour assurer l’organisation de tels événements.
Quelle que soit la thématique du festival, on retrouve les mêmes grands types de métiers :
• Administration et gestion
• Programmation
• Communication et médiation
• Production et logistique
• Technique : son, image, lumière
C’est un secteur où la polyvalence est importante. En effet, selon la taille de l’événement, l’équipe de permanent·es est parfois assez réduite et les professionnel·les assurent souvent plusieurs fonctions.
Gaëlle Gibault, la directrice de L’art dans les chapelles, un festival d’art contemporain dans le pays de Pontivy, est ainsi également en charge de la communication. « Dans la culture, il faut être excessivement polyvalent. Nous, on est une petite équipe. En ce moment, on est en pleine installation. Ma collègue de la médiation et moi, on va aller filer un coup de main à la régie parce qu’ils ont besoin de monde. Sur les postes où les bénévoles ne sont pas forcément disponibles, au cas par cas, on pallie les manques qu’il peut y avoir. Et on devient tous très polyvalents », explique-t-elle.
Dans les festivals, les professionnel·les travaillent sous différents statuts : intermittent, CDD, CDD d’usage, CDI, prestataire, etc.
Certains viennent travailler seulement pendant le festival, d’autres sont engagé·es toute l’année. Hors festival, ces derniers préparent la prochaine édition mais aussi d’autres événements car certaines structures ont développé d’autres activités, en établissement scolaire, par exemple, ou en gérant une salle de spectacle à l’année.
A Art Rock, festival musical à Saint-Brieuc, l’équipe permanente est composée de 6 personnes, mais pendant le festival, ce sont 220 à 250 professionnel·les qui travaillent. Plus le festival approche, plus l’équipe grandit. Ces professionnel·les travaillent cependant toute l’année.
« Les intermittents enchaînent des CCDU, des CCD d’usage, toute l’année. Ce sont des CDD qu’on a le droit de répéter sans limitation de durée. Nos équipes couvrent beaucoup d’événements. Par exemple, une partie des techniciens que vous trouvez aux Trans Musicales, vous allez ensuite les retrouver au festival Panorama à Morlaix, ensuite à Art Rock, aux Vieilles Charrues et à la Route du Rock. En général, ils enchainent les festivals. Il y en a aussi qui font un peu de tournée entre deux festivals », explique Carol Meyer, la directrice du festival Art Rock.
Les intermittent·es du spectacle relèvent d’un régime particulier. Ils doivent réaliser un certain nombre d’heures par an pour y accéder et ainsi avoir accès à une indemnité, en plus de leur rémunération.
Au vu de la diversité des métiers, les formations pour entrer dans ce secteur sont très variées. Formation généraliste ou master en projets culturels pour les métiers de l’administration ou diplômes techniques et spécialisés pour les intermittent·es en son, lumière, régie...
Au-delà du diplôme, le bénévolat ou des stages sont vivement conseillés afin de découvrir ce milieu professionnel mais aussi créer son réseau et développer ses compétences en multipliant les expériences. « Si vous avez vraiment envie de travailler dans le spectacle, commencez par du bénévolat dans des salles ou des festivals, ça permet de rencontrer des gens et d’avoir une vue sur différents métiers et voir lesquels peuvent vous intéresser. […] Je conseille souvent aux stagiaires de faire différentes missions. Un peu de production, un peu de communication, toucher un peu à tout pour avoir une vue globale de l’événementiel et voir vraiment où on a envie d’aller », explique Carol Meyer, directrice du festival Art Rock.
La transition écologique à mener
L’empreinte écologique de tels événements est importante. De nombreuses actions peuvent être mises en place pour réduire leur impact. Si certaines sont répandues comme les toilettes sèches pour réduire la consommation d’eau sur un festival, d’autres sont à développer, voire même à imaginer. Les prochaines évolutions, dans ce domaine, sont notamment liées à l’alimentation avec des propositions locales et/ou végétariennes, à la gestion de l’énergie et au transport.
Selon le Collectif des festivals, « 80 % de l’impact carbone d’un festival résident dans les déplacements des publics et des équipes ». Vélo et covoiturage, communication sur les différents moyens de transport auprès des festivaliers, concertations avec les collectivités ou les transporteurs pour développer des navettes en train ou en car... Etudes et expérimentations sont en cours dans le cadre du projet Festivals en mouvement qui regroupe 50 festivals dans toute la France.
A Art Rock par exemple, en 2024 seulement 2% des artistes sont venus en avion : « Je sens qu’incessamment sous peu, on atteindra les 0%, du moins c’est ce qu’on vise. On essaye de choisir des artistes qui peuvent venir soit en train, soit par la route. Et quand on nous dit : “Cet artiste, la veille il est à Londres, le lendemain il est à Marseille, donc si tu le veux il va falloir qu’il vienne en avion". Dans ce cas-là, on dit : “Non, on va prendre un autre artiste”. On arrive à faire ces choix quand on le sait dès le début », explique Carol Meyer d’Art Rock.
Des festivaliers se rendent à vélo au festival Art Rock. © L'oeil de Paco
Des pratiques culturelles en pleine évolution
Comme l’ensemble du secteur culturel, le monde des festivals subit encore aujourd’hui l’impact de la crise sanitaire de 2020. Après des éditions annulées ou réduites, les habitudes culturelles ont changé.
Face à la multitude des ressources gratuites en ligne, les visiteurs sont moins enclins à payer une place en festival. Et s’ils le font, ils sont plus volatiles. Ils se décident de plus en plus à la dernière minute pour venir à un événement.
Du côté des festivals musicaux, même si aucune étude chiffrée ne l’atteste, pour les organisateurs, le jeune public serait moins présent et préfèrerait faire le choix d’aller voir le concert de son idole au Stade de France plutôt que de découvrir la multitude d’artistes d’un festival.
Une situation complexe qui se heurte à la multiplication du nombre de festivals. Ainsi, si en 1995 la Bretagne recensait 5 manifestations littéraires, en 2022 il y en avait plus de 120 selon Emmanuel Braconnier, directeur du festival Etonnants voyageurs : « Le problème de fond, c’est quoi ? C’est qu’on est à un point aujourd’hui de suroffre culturelle. Ça veut dire que le nombre de manifestations est tel que le changement de pratiques culturelles post-covid ne permet plus à tout le monde d’exister à peu près correctement. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut réduire l’offre, peut-être qu’elle pourrait être un peu mieux agencée, un peu moins récurrente ».
Face à ce constat, les festivals essayent de s’adapter en faisant évoluer leur programmation et en développant l’accueil, afin de rendre l’expérience festival plus attractive. Dans ce contexte, le travail de médiation avec le public est essentiel pour attirer et fidéliser les visiteurs.
Une situation qui se ressent au niveau de l’emploi : « Il y a beaucoup de postes en médiation, surtout sur les chargés des publics », explique Gaëlle Gibault de L’art dans les chapelles. « Je crois que ça fait partie des secteurs qui recrutent le plus aujourd’hui dans le monde de la culture parce qu’effectivement la médiation, c’est primordial pour la transmission auprès des différents publics et c’est quelque chose qui est demandé, à juste titre, par les financeurs. »
Le festival Etonnants voyageurs propose de nombreux événements : conférences, cinéma, salon du livre... © Jérôme Sevrette
Un système économique à repenser
Baisse des subventions publiques, dépenses en hausse avec l’inflation, l’augmentation du coût de l’énergie, des assurances et des cachets des artistes : le secteur est confronté à une situation économique difficile. Le baromètre 2024 des festivals, présenté au SoFEST! Forum France Festivals, pointe « une situation globalement préoccupante ». Selon la thématique des festivals, entre 31 et 50% d’entre eux sont déficitaires en 2024.
Face à cette situation difficile, les organisateurs tentent de trouver des solutions. La plupart se tournent aujourd’hui vers du mécénat privé, des dons d'entreprises. Certaines structures créent même des postes dédiés à la recherche de ces fonds privés, les chargé·es de mécénat.
Pour réduire les coûts, certains festivals font également le choix de passer en biennale, avec seulement un événement tous les 2 ans, ou de réduire leur taille. Ainsi, depuis 2023, le festival Panoramas à Morlaix a décidé de réduire sa jauge de moitié, pour des raisons écologiques et économiques. La mutualisation de matériel est également une piste pour réaliser des économies.
Une foule pendant un festival. © Région Bretagne
Un spectacle de musique traditionnelle pendant un festival. © AdobeStock
Les formations en Bretagne
Des exemples de formations de l'enseignement supérieur
Sources et ressources
- Culture et spectacle : le site dédié aux métiers du spectacle, de l'industrie culturelle et créative de France Travail
- Des fiches métiers du spectacle vivant sur le site du centre national des arts du cirque, de la rue et du théâtre
- All access : un podcast sur les métiers de l'événementiel
- ProfilCulture : un site de recherche d'emplois dédiés aux métiers de la culture et des médias
- Cartographie nationale des Festivals : Entre l’éphémère et le permanent, une dynamique culturelle territoriale, France Festivals, le Centre d’études politiques et sociales et le DEPS, 2023
- Portraits culturels de région – Bretagne, Atlas Culture des territoires, Ministère de la Culture, janvier 2022
- Enquête Besoins en main d’œuvre, France travail, 2025
- Enquête pratiques culturelles, Ministère de la Culture, 2018
- Chiffres clés de la culture et de la communication 2024, Ministère de la Culture, 2025
- Billetterie du spectacle vivant en 2023, Ministère de la Culture, 2024
- Rapport - Chiffres 2023 de la diffusion de spectacles de musique et de variétés, dont un focus sur les festivals, Centre national de la musique, 2024
- Festival Interceltique de Lorient. Quelles retombées économiques en 2023 sur Lorient Agglomération ?, Audélor, Mars 2024