Climat : tous les emplois concernés
Le dérèglement climatique est en cours et il n’y a plus que deux choses à faire, l’atténuer et s’adapter. Ce constat impose de remettre à plat les pratiques professionnelles de tout le monde mais promet aussi de vastes mouvements de créations et de suppressions d’emploi.
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Damien Abolivier, économe de flux au Syndicat Départemental d'Energie et d'équipement à Quimper © Franck Bétermin
"Le choc écologique, on en voit déjà les effets et c'est un phénomène qui va s'accentuer", explique Vincent Bourdin, responsable du centre APEC de Rennes [1]. Sans surprise, le dérèglement climatique a des impacts sur les dynamiques du monde du travail. "Il y a déjà des métiers qui sont en tension en lien avec la transition environnementale. Ce ne sont pas des métiers de cadres, plutôt des métiers d'opérateurs ou de techniciens notamment dans les énergies renouvelables et le bâtiment", affirme Arthur Gosset, co-fondateur de l’association Séisme et réalisateur de documentaires.
Si on en croit les auteurs de la Stratégie nationale bas carbone [2] "la planification écologique pourrait permettre de créer dans les prochaines années, entre 200 000 et 500 000 emplois". L’Agence de la transition écologique, l’Ademe, table de son côté sur 1 million d’emplois créés d’ici 2050 "si l ’ensemble des actions “bas carbone” programmées sont effectivement mises en œuvre".
S’adapter à une nouvelle donne climatique
Au-delà de l’évolution des pratiques qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre, le monde du travail dans son ensemble va devoir s’adapter à une nouvelle donne climatique. "La première chose, c'est qu'il va faire plus chaud", explique Vincent Bourdin.
Cela peut paraitre anodin mais cela va avoir un impact massif sur le monde du travail. A l’heure actuelle, en France, entre 14 et 36% des professionnel·les seraient déjà particulièrement exposé·es à la chaleur. C’est notamment le cas des personnes qui travaillent en extérieur comme les ouvriers du bâtiment dont on sait justement qu’ils auront un rôle important à jouer dans la transition environnementale.
Selon une étude parue dans la revue Environmental Research Letters, les fortes chaleurs feraient déjà perdre 650 milliards d’heures de travail chaque année dans le monde, soit l’équivalent… de 148 millions d’emplois à temps plein. "Une nouvelle distinction entre les « cols humides » et les « cols secs » voit le jour", explique Vincent Bourdin.
Certaines structures prennent des initiatives pour atténuer les effets de la chaleur sur leurs employé·es. Un vaste projet de renaturation a ainsi été initié au technicentre de la SNCF à Rennes (Ille-et-Vilaine) pour favoriser la biodiversité mais aussi créer des ilots de fraicheur. "L’entreprise est en train de faire évoluer les contrats de travail pour qu’une partie des missions soit dédiée à la gestion de la nature", indique Arthur Gosset.
Face à la raréfaction des ressources, le réemploi et la réparation
La raréfaction des ressources comme les énergies fossiles, les métaux ou l’eau est également à l’ordre du jour. "Il va falloir se former et prendre en compte les enjeux de ces facteurs de pression", prévient Arthur Gosset. Pour répondre à cette problématique, les activités liées au recyclage, à la réparation et au réemploi pourraient se développer massivement.
Lors du renouvellement d’une machine industrielle, une entreprise du Finistère a ainsi fait le choix d’une machine d’occasion française plutôt que d’une machine neuve venant d’Asie. "Elle a un impact écologique plus faible, plus durable parce que plus facile à réparer […] L’idée c’est d’internaliser du savoir-faire des réparations et d’avoir des machines robustes".
Des besoins forts dans le secteur énergétique et le bâtiment
La France est très dépendante des énergies fossiles qui viennent exclusivement de l’étranger. L’objectif affiché de l’État est d’en sortir progressivement pour les remplacer par des énergies bas-carbone. Cela représente un nombre d’emplois important à venir.
Dans la programmation pluri-annuelle de l’énergie qui vient de paraitre, les secteurs du solaire, du photovoltaïque, du nucléaire et de l'éolien en mer sont cités comme ceux où la création d’emplois sera la plus importante. "Vu la surface de nos côtes, la Bretagne est une région privilégiée pour les énergies marines renouvelables", note Olivier Maurin.
En dehors du secteur énergétique, le bâtiment pourrait générer jusqu’à 196 000 emplois d’ici à 2050 selon les auteurs de la Stratégie nationale bas carbone. Une vaste campagne de rénovation des bâtiments est en effet nécessaire pour améliorer l’efficacité énergétique de ces constructions tout en augmentant le confort de ses occupant·es.
"Dans tous les cas, tous les métiers vont devoir évoluer pour prendre en compte les enjeux écologiques", conclut Arthur Gosset.
[1] Pour répondre à nos questions, nos interlocuteurs de l’Apec se sont appuyés sur l’étude Travailler demain, quels futurs se dessinent, 2024-2025, Apec.
[2] La Stratégie nationale bas carbone est la feuille de route de l’État français pour aller vers une société décarbonnée. Elle est mise à jour tous les 5 ans. Des travaux de révision de la SNBC sont actuellement en cours mais ils ont déjà beaucoup de retard.